One Piece at a Time

Groupe d'Etudes Interdisciplinaires en Arts Britanniques


 

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Du 12 septembre au 2 novembre 2008, Berlin.

Based on paper

MIMA, Middlesbrough, 28 février - 11 mai 2008.

Martin Parr

C/O de Berlin.

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Based on paper, MIMA, Middlesbrough, 28 février - 11 mai 2008

Par Gabriel Gee

 

 L‘arrivée par le nord sur Middlesbrough, ville (post-) industrielle du nord-est de l‘Angleterre, s‘effectue en une longue descente menant au cœur de la vallée de la Tee, rivière au bord de laquelle chimie et métallurgie ont pu développer leur activités attrayantes. La ville en elle-même a quelque chose de l‘objet surréaliste, et on ne s‘étonne guère d‘apprendre que Ridley Scott, enfant du pays, en aurait fait son modèle d‘inspiration pour le cauchemar urbain qui sert d‘environnement à Bladerunner. Mima, le musée d‘art moderne flambant neuf de Middlesbrough a ouvert ses portes au cœur du centre ville en janvier 2007. Le bâtiment conçu par Erick Von Egeraat Associate Architects, pour un budget de 14.2 millions de livres, est un des tous derniers bijoux de la régénération économico-culturelle financée par la loterie britannique. Il trône mélange de blancheur et transparence sur une vaste place à fontaines (5 millions de livres), à proximité de son modeste annonciateur, a Bottle of Note, sculpture publique de Claes Oldenburg & Coosje Van Bruggen (1993). L‘architecture vitrée et aérée de Mima vient s‘ajouter au patchwork local, qui associe constructions victoriennes des périodes fastes et glacis bureaucratique de l‘après-guerre.

 

   


Le MIMA, Middlesbrough Institute of Modern Art


 
Le parti pris du musée est outrageusement évident : un manifeste du carré blanc. Les salles du ré de chaussée, blanchâtres, aux plafonds effroyablement hauts, sont entièrement éclairées à la lumière artificielle. Elles accueillent des œuvres de la collection Egidio Marzona, collectionneur allemand d‘origine italienne, en provenance du Kupferstichkabinett, le musée des imprimés et du dessin de Berlin. Les sculptures, vidéos, et surtout les dessins qui occupent les murs de l‘exposition s‘accordent idéalement avec l‘atmosphère épurée du lieu. Il s‘agit en effet d‘une sélection de très grande qualité d‘œuvres des années 1960 et 1970, mélangeant arte povera, art conceptuel et minimal, et Land Art. On trouve agréablement espacées des pièces aussi fameuses que Eighth Reversed Steel Corner de Carl André (1978), dalles au sol, les jeux de l‘invisible et de l‘infini de Gianni Anselmo sur papier, des cartes postales de On Kawara (I got up at 1973), des dessins entre autres de Gordon Matta-Clark, Mario Merz, Bruce Nauman, Edward Rusha, et ce fantastique Plan for Wall Drawing Library Wisconsin State University River Falls (1970) de Sol LeWitt, agencement géométrique de lignes au crayon alternant la répétition des verticales, horizontales, diagonales, dans une variation subtile de superpositions. L‘entrée comme la sortie de l‘exposition est saluée par une des nombreuses pièces présentées de Gilbert & George : Gordon Makes us Drunk Summer (1972). La vidéo est diffusée sur une petite télévision sur piédestal, et berce presque de sa ritournelle amusée l‘ensemble d‘une visite plutôt placée sous le signe de la sobriété. On y voit les deux artistes britanniques boire au ralenti du gin dans une pièce grise, tandis que passent derrière eux, dans la rue par delà la vitre teintée, l‘ombre rapide des passants occasionnels, au son du titre mis en musique, se réitérant indéfiniment.

L‘exposition a une suite au premier étage. Dans un étroit couloir, baptisé galerie, on y trouve en particulier le film de 32 minutes de Robert Smithson sur sa Spiral Jetty (1970), un document mais aussi une construction et un montage pensé qui ravît autant qu‘il trouble le sens de l‘équilibre. Le reste de l‘étage semble être réservé au personnel, qui ne doit pas manquer de place pour élaborer son futur. Il y a un second étage, où l‘on trouve un autre véritable espace d‘exposition, plus petit que le premier, et où est exposée une sélection intéressante de tableaux de paysage tirés des collections du Mima, intitulée Locations Situations. Non épargnées par quelques orientations douteuses, les deux salles ont tout de même des toiles de qualité, notamment ces deux vues urbaines du peintre britannique David Hepher, Nights Flats (1983), et Peckham Flats (1979), imposant au visiteur une confrontation frontale avec la géométrie d‘un habitât vertical animé au détail par le cours des vies individuelles.

Avec ses deux expositions réussies, pleines de sérieux, de talents et de surprises, Mima poursuit une histoire ancienne dans des nouveaux locaux. En effet, elles correspondent à des lignes de décision historique. D‘une part, la constitution d‘une collection de peinture d‘art moderne et contemporain rattachée à la production britannique, et d‘autre part d‘une collection de dessins, reliée notamment à l‘achat réguliers d‘œuvres exposées et primées dans le cadre de la biennale de dessin de Cleveland (nord est de l‘Angleterre). Cette poursuite intelligente de buts hérités par mima de la galerie de Middlesbrough, laisse augurer d‘un avenir heureux. Ce qui n‘est pas le cas de l‘affluence. Nous étions quatre en ce dimanche après-midi à arpenter le lieu. On peut penser qu‘il y a des instances et des budgets qui en ces temps compétitifs risquent de faire la mauvaise tête, si ni le touriste ni l‘habitant ne franchissent les portes encore fraîches du musée. Cela étant, comme nous sortions pour quitter cet endroit abandonné, les rues se remplissaient justement, de visages sombres et de mines sévères. Middlesbrough, dernière équipe de première division en lisse dans la coupe d‘Angleterre (il s‘agit de football), venait à l‘instant de se faire éliminer à domicile par Cardiff, dont on ignorait jusqu‘alors l‘existence d‘une équipe. Espérons que ceci explique cela.